
Lorsque ce printemps, Ironcindy traita les 'bloqueux" d'hérétique, parce qu'il planifiait d'aller aux Gunks pour faire...du bloc, Baschaos lui avait répondu " Jamais personne m'as inviter à aller faire de multi-pitch donc j'ai jamais expérimenter ça (si tu veux m'inviter j'en serais ravi)". Et il renchérit en écrivant: Mais j'aimerais bien que qqn qui s'y connait m'invite un moment donné pour faire un multi-pitch (a part un harnais, des varappes, un sac à poff et quelques dégaine j'ai rien par exemple.). Je lui avais alors promis de l’amener aux Grands-Jardins. Eh bien chose promis, chose due! C’est le lundi 25 juin que l’on prend la direction du dôme pour le baptême des hauteurs de Sébastien. Chuck et Frank, des amis de Sébas étaient également de la partie.
Le plan de match était simple : je leadais…il suivait! Seule restriction imposée : les relais devaient être sur protections fixes. Mon choix s’était donc porté sur deux voies, largement sous le niveau de Sébas. Ça lui permettrait de n’avoir qu’à gérer « sa peur de hauteur », sans avoir à se préoccuper trop trop de chercher les séquences. D’abord la voie d’évitement : une longue fissure de trois longueurs, en diagonale. Le choix de cette voie s’était fait naturellement. C’est dans cette ligne que j’avais fait mon premier multi-pitch. À l’époque, j’avais encore très peur en escalade et pourtant, je me souviens n’avoir jamais ressenti la hauteur lorsque je l’avais grimpée pour la première fois. Je m’étais dit qu’il en serait certainement de même.
Le deuxième choix était un incontournable : la granuleuse. Impossible de passer à côté de cette classique du Dôme. En plus, il était dans mes projets de la leader une première fois au courant de l’été.
La première voie qu’on voulait faire était justement la Granuleuse. Mais lorsqu’on arriva en bas de la paroi, déjà deux cordées étaient engagées dans la voie…et comme elles ne semblaient pas rapides, nous étions aussi bien d’aller ailleurs. La première voie de Sébas en multipitch sera donc « La voie d’évitement, 5.6., 120m».
Avant de partir, étape bien importante : transformer le bloquiste en ce qui peut ressembler à un grimpeur de trad…Pour ce faire, j’avais amené un second casque que je lui prêta. On ajouta à son harnais une longe, une cordelette à prussik et…bien important! un décoinceur…l’outil parfait du tradeux! Après quelques conseils d’usage et la vérification copain-copain, j’étais prête à partir (surtout que j’avais hâte de mettre de la distance entre moi et les moustiques!). Mais dernière vérification : pis Bas, prêts? Mais ai-je besoin de m’inquiéter? D’autant plus que Sébas avait l’air pas mal serein…on sera certainement en haut en 2 temps, 3 mouvements et sans problème.!
J’arrivai rapidement et sans problème au premier relais. J’installai mon toucan en mode autobloquant et préparai mon appareil photo. C’était maintenant au tour de Sébas de s’engager dans la voie. Il ne me restait plus qu’à espérer que le vertige ne le poursuivrait pas et qu’il aimerait l’expérience. À la 2e ou 3e pros, un gros cam no 3, il eu un peu de difficulté. En le voyant « gosser » après la cam, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un sourire en coin…C’est toujours drôle de voir nos seconds s’acharner sur nos pros…. Mais, malheureusement ( ;-) ) ce fut là mal seule occasion de « rire » puisqu’il réussit sans problème à enlever toutes les autres pros. Même celles que j’avais passé par des chemins étroits et précis ne lui avait pas résistées. Je n’ai donc pu satisfaire à la demande spéciale de Frank, de lui jammer solide un tricam…
Bas, tout près du premier relais...et pas du tout traumatisé. Cool!

Il arriva au premier relais sans problème et sans remarquer la hauteur. La glace était cassée. Les deux autres longueurs s’enchaînèrent rapidement. Le temps, au 2e relais, de lui faire constater qu’il n’avait jamais été aussi haut, d’admirer le paysage et nous étions au sommet de la voie, prêts pour le rappel!
Au sommet de la voie d'évitement...Remarquez le look tradeux...Quand même pas pire non? ;)

De retour au pied de la paroi, on retrouve Frank, Chuck et les maringouins. La Granuleuse était libre. Yes! En route donc pour la dalle et les trous caractéristiques du Dôme! La voie risquant d’être plus, disons…délicate, Sebas a décidé de mettre ses chaussons…de vieux chaussons, percés au niveau du gros orteil! Il avait pris très au mot le message de Cindy qui lui avait dit de ne pas apporter ses « madrocks »! ;)
Après un peu de « routes finding », j’arrivai au premier, puis au deuxième relais. Contrairement à la première voie, cette fois-ci, les moustiques et les mouches nous suivaient. À chaque fois que l’on faisait une longueur, on espérait les semer, et chaque fois, on était déçu.
Sebastien dans la deuxième longueur de la Granuleuse...Hey Bas...as-tu vu comme tu es haut?

La troisième longueur était pour moi celle qui représentait le plus grand défi. J’avais encore en tête les impressions que j’avais eu, trois ans auparavant, quand je l’avais fait pour la première fois. La traverse de départ me faisait un peu peur…même, si en la regardant, elle m’apparaissait finalement très accessible. Et puis, je me suis quand même amélioré depuis trois ans! ;) Avant de partir, j’avertis Sebas : tu vas voir, juste à la fin de la voie, il y a une section verticale…pas très haute, c’est juste que ça fait bizarre du vertical, après 3 longueurs de dalle!
D’ailleurs, ce passage me stressa un peu. J’avais fait une gaffe quelques 3 pros plus bas, en oubliant d’allonger la dégaine. Celle-ci faisait du drag dans la corde qui fut difficile à clipper. J’avais peur que le drag me nuise dans le passage, qui me stressait quand même un ti-peu…juste assez pour faire trembler mes jambes…ok…c’est pas fort, je sais! ;) Bas, lui, le passa sans encombre…oubliant presque de déclipper la corde. Une dernière photo, celle du sommet, et on descendit attendre les autres, à l’INTÉRIEUR du chalet…question de se soustraire aux piqûres des insectes.

On attendit longtemps, très longtemps, les gars, qui avaient troqué la tache blanche pour la voie d’évitement! Quand on fini par lever les voiles, il était presque 8h! La journée avait été longue (presque 12 heures) mais très enrichissante et très belle.