lundi 26 mars 2007

Périple à Chicoutimi, partie 2

Le dimanche matin, il n’est pas encore 9h lorsque l’on stationne, rue Richmond. Cindy nous regarde l’air hébété : « Hein ! ce n’est pas ici… Voyons, on est en plein quartier résidentiel ! Et oui ! on est arrivé…Bienvenue à Chicoutimi, royaume des bleuets, mais également de l’escalade urbaine. Quelques minutes plus tard, on se retrouve au-dessus des cascades pour installer les cordes. Cindy et Luc étaient descendus par le sentier. J’installais mon relais quand on entendit les cris de joies de Cindy. Pas de doute, elle venait d’arriver au pied des cascades !

Fred, Jasmin et moi, les rejoignirent en pas, pas tellement longtemps après.

Nos trois crinqués s’installèrent au pied de Gameboy et se questionnèrent. En tête ou pas. Comme tout le monde ne pouvait pas grimper en même temps, Luc et moi nous sommes installés direct sur le Cap et l’on se mit à grimper…S’ils voulaient jaser, c’était leur problème, nous, on voulait grimper et c’est ce qu’on fit !

Mon ami Jasmin arriva : je lui suggérai de mettre sa corde dans PlayStation et d’en vérifier l’état. D’en bas, on voyait une grosse fissure à son sommet, ce qui pouvait rendre la grimpe dangereuse si la voie menaçait de s’effondrer. Finalement, elle semblait avoir été consolidée par les ruissellements des derniers jours.

Bien installée dans le haut de la paroi, suspendue dans mon harnais, je prenais des photos de Fred, en tête, dans GameBoy. Quand une voix attira mon attention…Cette voix, je la reconnaîtrais entre des milions…et elle me fit sourire de bonheur ! C’était Jacques, mon partenaire de toujours ! Il arrivait avec son beau-frère, question de l’initier…et de trouver une excuse pour passer me voir! Il ne changera donc pas…et finalement, c’est tant mieux comme ça !



Une fois les photos terminés, je me tourna vers le bas pour dire à Luc qu’il pouvait me redescendre…Il était relax ! le café à la main ! Doh ! tout un assureur…mais bon, je l’avais vu bloquer son système d’assurage d’un nœud de mule !

Après avoir salué Jacques, je décide de tenter PlayStation pour une troisième fois de l’hiver, avec l’idée de la sortir finalement ! C’était ma dernière chance de l’année ! Après plusieurs mètres, j’arrivai là, où la dernière fois j’avais abandonner. Dessus moi, la voie commençait à être un peu en devers. C’était impressionnant ! J’étais déjà fatiguée. Après un repos, je m’engageai dans les 10 mètres. Après quelques à sec, j’avais toujours l’impression d’être loin…Jacques était là, à me regarder, à passer ses commentaires, à m’asticoter…et moi je lui répondais, je l’écoeurais, comme lui le faisait, comme on l’a toujours fait… « la routine habituelle, quoi ! » Hey Jacques…combien de fois tu m’as entendu crier : « j’pus capable », sur un air mi-découragé, mi-moqueur ? Combien de fois, je t’ai fais sourire, parce que tu savais que, malgré tout, je finirais par sortir la voie ! Encore une fois, j’étais brûlée. Et encore une fois, j’ai trouvé, en moi, l’énergie (et l’orgueil) pour sortir cette voie, malgré le fait que je piochais comme une malade ce qui avait pour effet de planter mes piolets jusqu’au manche ce qui rendait leur extraction difficile. Pendant que je criais, pour faire sortir l’énergie qui me restait, dans ma tête, je savais qu’une chose : que tu savais que je savais que je pouvais la sortir et que j’allais le faire. Et je l’ai fait ! Pis je suis certaine que Jasmin souriait lui aussi ! ;)


Jasmin a suivi les traces de Fred, à peine dérangé par mes cris de désespoir. Jacques par contre, l’a un peu dérangé. C’est que Jacques expliquait à son beau-frère les différences entre la moulinette et le lead. Il en vint à dire « tu vois, là il serait temps qu’il mette une vis parce qu’il est pas mal chute au sol ! » Doh ! de quoi stresser un grimpeur !



Au bout de la journée, tout le monde avait grimpé ce qu’il voulait, en glace ou en mixte. Chacun a fait quelques niaiseries : Luc a joué au Karaté Kid, et d’autres se sont amusés sur la traverse à « figure 4 ». Jasmin B. a enseigné à Cindy les habitudes locales, c’est-à-dire, comment utiliser les arbres morts et Fred, a fait des câlins à tous les arbres, une façon « plus verte » d’utiliser les arbres morts !



À trois heures, quand il fut le temps de partir pour trois d’entre nous, le moment fut un peu triste. On serait ben resté plus longtemps, pour profiter du soleil et de la glace ! On a fini par laissé Fred et Jasmin, les chanceux, qui restaient encore sur place pour quelques heures et on est reparti. La tête remplie de beaux moments, heureux d’avoir revu des amis, ou d’avoir fait la connaissance de nouveaux amis, avec la certitude que cette fin de semaine à Chicoutimi ne serait pas la dernière. Certains se demandaient même pourquoi nous n'étions pas venu plus tôt. Après tout, Chicoutimi, c'est pas si loin que ça!

Après avoir jaser avec des locaux, curieux de ce qu’on avait fait, on finit par reprendre la route vers 16h…contents et surtout...brulés!

Périple à Chicoutimi, partie 1

23 mars 2007…15h15. Luc et Cindy arrivent chez moi. On pack le camion rapido-presto et on file vers la destination de notre fin de semaine…Nulle part ailleurs que Chicoutimi ! Il a fallu attendre la fin de saison pour se payer une petite virée au Saguenay. Cette fois, ça y est…Nous sommes cinq à participer au voyage : Fred et Jasmin étant les deux autres comparses.

Arrivé à Qc, on récupère Jasmin qui, question d’être en forme pour la fin de semaine, avait grimpé en glace toute la journée. Après un arrêt resto, on file sur Chicoutimi où une chambre nous attends…Une fois les bières ouvertes, on passe au choses importantes : la planification de la journée de demain.

À ma grande déception, Cindy décide d’accompagner Fred pour tenter la Whittom. On n’avait pas eu l’occasion de grimper un projet ensemble et j’espérais que ce serait pour cette fois…D’autant plus que Fred l’avait pas mal monopolisé cet hiver : pour une fois, il aurait pu lâché prise…Mais faut croire que ce n’était pas encore mon tour ☹

Après une nuit trop courte pour plusieurs (les raisons pour avoir mal dormi étaient variées…), on prend la route de la vallée de la Ste-Marguerite. Notre cordée s’arrête devant le petit prince. La ligne est belle. Par contre, l’accès direct nous pose problème…On était loin d’être certains que la rivière tiendrait le coup…On décide donc de la contourner. Quelques mètres après avoir pénétré dans le bois, Jasmin et moi, lançons un coup d’oeil à Luc, qui enfoncé jusqu’à la taille, faisait un petit peu pitié. Après quelques minutes de réflexion, on change de plan. Cap sur Iris.

Après quelques kilomètres, on passe devant la Whittom. La voie est pas mal moins fournie que l’année dernière. Le haut, un peu moins vertical, et surtout, le bas, beaucoup moins formé. Mais Fred est là, en train de grimper…Cool, se dit-on !

À Iris, les chances sont meilleures : l’approche est « tapée » sur un bon bout, et la partie en forêt « pas si pire ». Jasmin et moi prenons, avec la permission de Luc, de l’avance. On arrive finalement au pied de cette magnifique voie, encaissée dans la roche. La glace est belle : les conditions sont hivernales. Jasmin, sans même en discuter, commence à parler de comment il va la leader…Puis, il réalise qu’il ne m’a même pas offert le lead. Je le rassure : « Je ne me définis pas par ce que je grimpe en tête. En autant qu’on m’offre la possibilité de leader quand je veux, qu’on accepte, à l’occasion, de me suivre dans des voies plus faciles, je me contente parfaitement du rôle de second. Ce que j’aime dans l’escalade, c’est de grimper. Quant à Iris, je veux la grimper, un point c’est tout ! Alors si tu veux la leader, ben vas-y ! »


Jasmin était à se préparer quand on entendit des voix…Je reste intriguée : qui peut bien se promener dans les bois dans un coin perdu ? Finalement, quelques minutes plus tard, on voit apparaître Cindy et Fred. HEIN ! Ils nous apprennent rapidement que les conditions du premier pitch étaient mauvaises :aucune bonne protection possible, même après 30m. Ce sera pour une autre année.

Cindy et Jasmin ont tous les deux leader la voie : de beaux leads! 

Tous les bouts de glace du coin auront été utilisés. Une fois le site exploité au max, on prend le chemin du retour. Fred, Cindy et Jasmin s’arrêteront à Mouse Trap pour une dernière grimpe. Luc et moi sommes partis directement pour Chicoutimi, question de prendre notre douche avant d’aller rejoindre Pierre qui nous attendait pour souper : j’avais promis qu’on serait là pour 18h et il n’était pas question que je déroge à ça. Mon ami Jasmin était présent également : cool !

Après une bière, notre trio n’étant pas encore arrivé, on décida qu’il était temps de manger…et tant pis pour eux ! Ils finirent par se pointer : les chanceux, ils restaient encore de la tourtière du Lac St-Jean. Ils purent donc découvrir avec enthousiasme, ce mets régional de réputation provinciale ! La tourtière fut tellement appréciée par Luc, qu’il arrêta à l’épicerie, le lendemain, pour s’en faire des provisions. Après avoir bien mangé et bien bu, on écouta en gang, un reportage sur les alpinistes canadiens, avant de se dire qu’il était le temps d’aller nous coucher. Après tout, il y avait une autre journée de grimpe le lendemain !


mardi 20 mars 2007

Small is beautiful - suite et fin

- CE MESSAGE EST LA SUITE DU PRÉCÉDENT MESSAGE-

C’est probablement aux environs de 15h10-15 que je serai partie pour la deuxième longueur. Mon plan: commencer à gauche pour profiter un peu de l’ambiance, puis tasser à droite pour prendre la passe en grade 4. Je suis gonflée à bloc…

Au fur et à mesure que j’avance, ma confiance se renforcie ! L’ambiance est géniale et la voie m’apparaît facile. Plus facile même que le premier pitch. J’en viens à me demander comment Yvan, un ami de Chicoutimi qui avait fait la voie la semaine précédente, avait pu considérer que cette voie était en grade 4+, lui qui a de l’expérience et un bon jugement. En cours de route, motivée par ma progression et emballée par la beauté de la voie, je décide d’aller chercher la voie directement au fond : la ligne m’apparaissait relativement facile, malgré sa longueur et une certaine verticalité. Ce changement n’aura pas été une bonne idée : j’allais m’en apercevoir un peu plus tard. Mais pour le moment, je m’enligne directement dans le dièdre du fond. Tout va super bien, et je me retrouve finalement dans une petite grotte dans laquelle se trouvent deux lunules.

Cet intermède me ramènera sur terre ! Ce que je pensais une dalle abrupte, mais pas verticale était en fait très vertical et très long (15m). Je venais d’en franchir 5-6m, mais il en restait encore plus, et sans repos ! Pour retourner dans la voie, il faudrait que sorte de ma grotte, et fasse une petite traverse pour me remettre dans la ligne. La séquence est un peu exposée et ne me tente guère. J’analyse la situation : il me reste en masse de vis considérant que j’en avais mis seulement 5 pour franchir les 35 premiers mètres. Mais il ne me restait seulement que 5 dégaines. Si je prends par le vertical, je vais probablement poser trop de vis, me brûler et venir à bout de mes dégaines.

Dan finit par dire à haute voie, la deuxième option que j’envisageais : effectuer une traverse pour aller rejoindre la ligne initialement prévue. Pour économiser une dégaine, je décide de suivre la suggestion de Dan et de sangler une colonne qui passait près de moi. Cela me permettrait de descendre récupérer la vis que j’avais mise dans le bas de la colonne verticale puis de repartir vers la droite. Je décide donc de récupérer une cordelette passée dans une lunule qui me semblait très récente et en bon état. Le nœud est gelé : l’opération demande donc plus de temps que je ne le pensais. Une fois la cordelette en main, je me déplace vers la colonne : merde ! elle est fissurée à sa base ! Je refais le nœud de pêcheur double pour refaire un anneau avec la cordelette et je me l’enfile en bandouillère : ça peut toujours servir ! J’essaie donc de placer une vis afin d’effectuer la même opération: mais, la glace est vide…rien de bon ! Je finis par mettre une vis « passable » et je décide de dégrimper le 5m.

Je réalise alors ce que je venais de faire. Les 5-6 derniers mètres étaient verticaux et je n’avais mis qu’une vis avant de partir ! Si j’avais chuté, je me serais probablement planté dans la roche pas très loin derrière et surtout, je serais tombée dans le fond de la crevasse, là où l’espace n’était pas très large…Risque de blessures: élevé ! Je fus donc prudente lors de l’opération « dégrimpage ». Régulièrement je posais une vis plus bas, je clippais la corde et je remontais aller chercher la vis plus haut, puis je redescendais. J’avais décider de tout nettoyer au fur et à mesure car j’avais une traverse de plus de 5-6m a effectuer et ça aurait vraiment fait beaucoup de drag dans la corde.

Dan fini par me crier : Édith, il est 4h10! Merde, pensais-je…déjà ! J’avais donc perdu pas mal de temps à « gosser » dans ma grotte! » Et il continua : « si tu veux la finir, vas-y, mais moi, je ne grimperai pas… » Cette perspective ne m’intéressait pas. C’était comme laisser tomber mon co-équipier : je ne pouvais pas finir la voie si lui ne la faisait pas. Je lui ai suggéré que je remonte dans la grotte pour installer un relais sur vis pour lui permettre de faire, au moins, les 35 premiers mètres. Mais il trouvait qu’on avait pas le temps…Je finis par apprendre qu’il était gelé (il avait oublié ses gants pour assurer chez Arian et m’assurait donc avec des petits gants en cuir fait pour conduire) : le vent s’était levé et il était exposé. Bref, il n’avait pas le « moral » pour grimper.

Je ne pouvais retourner aux lunules déjà faites, car je n'avais qu'une seule corde et les lunules se trouvaient à plus de 30m du relais. Il me fallut donc trouver un endroit pour faire une nouvelle lunule : je mis un maillon rapide dans lequel je passai la corde et je demandai à Dan de me redescendre. Finalement, les retards accumulés dans l’heure du départ et dans la marche d’approche nous auront été fatal et nous auront empêché de sortir la cascade (tout comme mon "gossage...merde..sans ça, j'aurais sortie le pitch en moins d'une heure :( ).

Malgré tout, ni un ni l'autre ne revenons déçus...ben un peu quand même, parce que j'étais crinquée et que j'aurais aimé la sortir, mais c'est quand même moins décevant que de devoir retraiter parce qu'on est trop pissou!

Bref, on était ben content. En fait, j’étais sur un boost d’énergie incroyable. En me faisant redescendre dans la voie et en enlevant les vis, je réalisais ce que j’avais fait. Je me rendais compte que la voie était plus difficile que je ne le pensais en grimpant et que pourtant, je n’avais pas « surprotégé ». Je venais de faire mon plus beau lead à vie : au niveau de la difficulté qui était à mes limites, au niveau de la gestion de mes vis mais aussi parce que la voie était tout simplement incroyable.

Dan aussi avait repoussé ses limites et il en était fier, avec raison. On s’était envoyé dans quelque chose de gros pour nous, et on avait relevé le défi d’une belle façon.

Le chemin du retour m’a paru très court. Plus court même que lorsque j’ai fait la mer de glace avec Valérie ! En plus, je ne sentais aucune fatigue à porter mon sac à dos, moi qui pourtant déteste porter. La clarté et surtout ma fébrilité étaient certainement en cause ! J’étais tellement heureuse que plein de chansons se bousculait dans ma tête…mais Dan ne voulait pas les entendre. Ça doit être que son oreille de musicien est très sensible aux fausses notes que quelqu’un moi ne peux manquer de faire en chantant !

Lorsqu’on arrivera à l’auto, il fera encore clair : ce qui fit dire à Dan qu’on avait encore du temps finalement. Mais au fond, on savait (du moins, moi je savais) que somme toute, on avait pris la bonne décision.

Sur le chemin du retour, j’appelle Arian, question qu’il ne s’inquiète pas trop. On repassera chez lui, le temps de lui remettre ses outils, de récupérer un peu (bière et bouffe du 4 saison) et de lui raconter notre journée. On quittera Pont Rouge vers 21h…arrivée à Mtl très très tard.

Au bout du compte, la journée nous aura appris plein de chose et nous aura permis de vivre des sensations fortes. Comme dirait certains: c'est l'expérience qui entre.

Ce que je retiens :
1. Un bon grimpeur n’est pas seulement celui qui se rend en haut, mais aussi celui qui sait prendre les bonnes décisions au bon moment…comme:
- dégrimper pour aller chercher une autre ligne est préférable à prendre le risque de se blesser, surtout quand il est tard, ou encore;
- prendre la décision difficile et douloureuse de laisser tomber quand la noirceur s’en vient.
2. S'en tenir à nos décisions prises "raisonnablement" plutôt que de se faire influencer par les émotions du moment (mais garder de la place pour l'improvisation)
3. Quand on couche chez Arian, prévoir qu’on va jaser le matin et donc, se lever plus tôt (ou encore, faire nos indépendants et ne pas lui parler!)
4. Quand on veut on peut!
5. Il y aura une suite (et fin j'espère) l'an prochain. Rendez-vous même heure, même poste!

Cette journée est l’une des plus belles de mon hiver, sinon la plus belle…

MERCI DAN!!!!

Small is beautiful - première partie

Ça faisait depuis le début février qu’on en parlait, eh bien, voilà ! c’est en fait de semaine qu’on a mis notre plan à exécution : se rendre dans Portneuf pour grimper Small is beautiful : un classique de la vallée du Bras du Nord. La fébrilité est à son comble !

Départ dimanche vers Pont-Rouge, où Arian et Isabel nous offre l’hospitalité. Le soir, en discutant on décide de l’heure du départ. C’était sans compter qu’Arian et moi sommes un brin verbo-moteur. Lundi matin, donc, on part finalement de chez Arian au gros soleil, full motivé mais un peu stressée dans mon cas, mais avec 40min de retard sur notre horaire...Trop de jasette!

Le rang du nord était glacé, ce qui fait qu'on a roulé vraiment pas vite (40km par bout) et la marche d'approche nous aura pris 1h45 soit 15-20 min de plus qu'on avait prévu. Et quelle marche d’approche ! L'anxiété a cédé la place à la fatigue. J’en suis venu à regretter la marche d'approche qui mène aux Chutes à Guy ! La première cascade que l’on voit me laisse perplexe : ça ne ressemble pas à Small…Mais les traces bifurquent et je reconnais alors le passage qu’on entamait…J’accélère le pas, je prends le tournant et je l’aperçois enfin ! Dan arrivera peu de temps après et s’émerveillera à la vue de la cascade qu’il voyait pour la première fois. On a accumulé au moins 1h15 de retard, mais finalement, on y est ! Malheureusement, on ne voit pas encore le 2e pitch : le doute subsiste encore quant à mes capacités de réussir à la leader, et ce, même si je suis confiante.

Je regarde Dan et lui lance : t’es capable de faire ça mon Dan ! Oui, il est capable. Et c’est sans hésitation qu’il se préparera pour le lead. Il est déjà tard lorsqu’il part finalement dans la voie…Il va falloir faire vite ! Le lead va bien…la glace est remplie d’air par endroits, ce qui l’obligera à chercher des endroits pour mettre des vis. Il arrive finalement, radieux (enfin, de ce que j'ai entendu comme cri de joie, il devait être radieux), au cèdre qui servira de premier relais. Je pars donc à sa suite. Arrivée au cèdre, je pars immédiatement en lead pour franchir le 15m qui nous sépare du relais sur scellements qui permet de terminer la voie en une seule longueur. Après avoir franchie quelques mètres, je vois finalement le 2e pitch…Wououh…Je plante mes deux piolets dans la neige, je me mets à genou et je l’observe la cascade: les yeux pétillants, sans aucun doute ! Excitée, je crie à Dan : on va la faire la 2e longueur, wou ouh !. Pis je commence à lui dire, « j’pense que je vais passer par là, sinon à gauche il y a aussi une passage intéressant.. » Comme je lui parlais sans quitter la cascade des yeux, il m’entendait mal et je finis par entendre : « Édith ! grimpe ! tu m’expliqueras tout ça quand je t’aurai rejoins ! ». Je franchis donc les derniers mètres de la rampe de neige, et je permets à Dan de venir me rejoindre !

Quand il arrive, on regarde l’heure…déjà 14h50. Et on n'est pas prêts à entreprendre encore le 2e pitch…Le temps commence réellement à presser.

Quelques photos...Dans l'ordre, la mer de glace, la marche d'approche...et finalement...la première longueur!








dimanche 11 mars 2007

Le Cap St-François



Aucune cascade de glace n’aura jamais autant d'importance, pour moi, que le Cap St-François. Ce site est un véritable trésor urbain. Situé à 10 minutes du centre-ville de Chicoutimi, c’est le rendez-vous de plusieurs grimpeurs, pour une sortie rapide ou pour une journée complète. Des cascades, de longueurs variant entre 25 et 35m s’offrent aux grimpeurs, pour des difficultés allant de 3+ à 5+. De quoi ravir tous les grimpeurs, des débutants aux experts!

C’est à ce site que j’ai été initiée à l’escalade de glace, il y a de cela déjà quatre hivers (mars 2004). Cette journée-là, je m’étais dit, à propos de l’escalade de glace : « plus jamais! ». J’avais détesté le fait que l’on devait se fier uniquement aux piolets et aux crampons pour grimper. Lorsque l’hiver suivant fit son arrivée, j’étais motivée à donner une deuxième chance à cet aspect du sport…Le Cap St-François aura été mon principal site de grimpe et m’aura permis de tomber en amour avec l’escalade de glace.

Au fil des hivers, j’y aurais grimpé plus que n’importe où ailleurs au Qc, en moulinette, comme en lead, j’y aurai fait mes premiers pas en mixte, et deux compétitions amicales en glace. C’est l’endroit où j’ai partagé ma passion avec d’autres et rigolé avec mes amis.

Le Cap, c’était notre sortie du vendredi pm, à Jacques et moi. Le matin, à la pause-café, on se retrouvait pour planifier un après-midi, déjà planifié. Jacques passait me prendre vers 13h à l’université et l’on partait, les bottes déjà aux pieds et le harnais déjà enfilé pour Chicoutimi-Nord. En arrivant, on installait deux moulinettes et on grimpait et grimpait encore. Parfois, Boris ou Jasmin venait nous rejoindre. On ressortait, sac au dos, lorsque la noirceur se pointait.

C’est le seul endroit où j’ai grimpé en glace avec Alain M. Bien des fois, celui-ci a eu à partir de Chicoutimi-Nord, pour me prendre chez moi, à Chicoutimi, pour retourner, tout près de chez lui, finalement! Je me souviens d’une journée en particulier. Il était tard en saison; je me demande même si ce ne fut pas notre dernière sortie l’an dernier. Alain, Jacques et moi s’étions donné rendez-vous au Cap. La glace était transformée en « gros sel » et une pluie de neige tombait sur le grimpeur au moindre frottement de la corde sur la neige. Jacques et Alain, ayant découvert ça, s’amusaient à bouger la corde de gauche à droite, au-dessus du grimpeur, pour l’asperger de « gros sel », qui tombait invariablement dans le cou de l'autre. Cette journée-là, même si les conditions de glace n’étaient pas optimales, on s’était amusé et on avait ri comme des enfants. Cette journée est sans doute l’une des plus belles passées à grimper, parce qu’elle représente très bien, pour moi, le climat amical, décontracté et chaleureux de l’endroit.

L’endroit fut également le site de maintenant trois compétitions de glace, au Saguenay. Des moments inoubliables, où chacun essayait d’abord, de dépasser ses propres limites, et ensuite celles des autres. Ces jours-là sont le théâtre de grands rassemblements de grimpeurs de glace :presque tout le monde y est. Et ce, malgré le fait, que parfois la température n’a pas toujours été agréable. Le site montre alors toute sa polyvalence alors que les arbres servent à confectionner des structures de grimpe et que la glace est, parfois, tranchée à la scie mécanique. La diversité des cascades permet de tracer des parcours de tous les calibres.


Je me souviens également d’une journée, passée avec des amis, où mon ami Simon avait grimpé Game Boy en tête, torse nu, assuré par un Jean-Guy, tout aussi torse nu!


Je me souviens d’un lead, dans un 3+ où mon assureur m’avait crié : « Édith, tu es chute au sol! » J’étais alors à 20m du sol, certainement près de 10m de ma 2e vis! Ou encore de mon premier lead en grade 4, que j’ai effectué l’an dernier, à la faveur d’un soleil ayant réchauffé la glace au point de la rendre parfaite!

Cette semaine, j'ai profité de mon passage à Chicoutimi pour renouer avec le Cap...Il était encore plus beau que dans mes souvenirs, et pour cause. Mon ami Jacques a irrigué le secteur, à partir de bassins placés en amont de la cascade, si bien que le Cap St-François est, cette année, dans une forme exceptionnelle…Avec une Game Boy affreusement verticale et une nouvelle voie, Play Station (G5+, 35m). J'ai renoué avec le seul plaisir de grimper, et juste grimper...pas de marche d'approche, pas de lead, juste de la grimpe. Vendredi, comme par les années passées, Jasmin est arrivé à l'improvisme et s'est joint à Jacques et moi. On aura profité de sa 70m pour se lancer dans PlayStation...une voie, dont la verticalité, la finale déversante et la glace, tout en "glacons" , aura eu raison de notre endurance...et dire que mon ami Jacques l'a sorti en tête. J'avais vraiment un partenaire du tonnerre!

Ci-dessous, Game boy (à gauche, 35m G5) et PlayStation (à droite).


Cap St-François, droite (en partie)


Pour plus d'information sur le site, vous pouvez consulter le site web du CMS (section glace) ou encore le Guide des cascades de glace du Québec de Stéphane Lapierre et Bernand Gagnon. Le site étant sur des terrains privés, il est de mise de respecter les consignes d'accès et de faire attention de ne pas déranger les résidents.

Home Sweet Home



Cette semaine, j’ai eu l’occasion de revoir plusieurs de mes amis, à l’occasion d’un « voyage d’affaire » à Chicoutimi. Dès mon retour dans cette ville, qui fut la mienne pendant 5 an et demi, j'ai repris mes habitudes...Rien n'avait changé, ni la ville, ni les gens.

Une visite brève qui a commencé par un accueil, pas très chaleureux de mon amie Annie (et ce n’est pas parce qu’il faisait -30°). La pauvre venait de perdre une bonne partie d’un document qu’elle avait préparé pour postuler sur un emploi. La date de tombée était…le lendemain! La soirée qui s’annonçait agréable fut un peu moins drôle…On s’est repris, le jeudi et le vendredi soir avec des soirées entre amis.

Le lendemain: encore une mauvaise nouvelle. Alors que je cherchais mon ami Jacques, le responsable du lab m’informe qu’il est en formation aujourd’hui et vendredi toute la journée. Catastrophe…et grande déception. C’est que Jacques et moi avions l’habitude de prendre notre vendredi après-midi de congé afin d’aller grimper…Et j’étais convaincue qu’il en serait encore ainsi surtout que l’on avait pas grimpé ensemble de l’hiver ☹ Mais rapidement, Jacques vint faire son tour à la pause et a remis les pendules à l’heure : Non non, demain je ne suis pas en formation. Si la formation avait eu lieu demain, j’aurais refusé de la prendre!» Fiou! Ça c’est le Jacques que je connais…la grimpe avant les choses plates!

Ces deux jours à Chicoutimi m’auront permis de constater que la vie du labo me manque un peu…C’est parfois difficile de travailler seule à la maison…C’est pas la même chose qu’au labo où tu peux interagir avec les autres, poser des questions..ou juste jaser! Ce labo, tout vitré, duquel on peut regarder les Monts Valins, tout blancs, refléter la lumière du soleil et se dire qu'on serait bien mieux dehors!

Ça fait du bien de revoir les gens que l’on a côtoyés pendant plusieurs années…Les rencontres avec la plupart d’entre eux ont été trop brèves. Une conversation au détour d’un corridor ou au pied d’une cascade, un dîner au resto, ou une bière dans un 5 à 7 qui s’éternise ☺. Le plus triste c’est que je sais que je ne retournerai plus habiter là…Je vais devoir me rabattre sur ces visites éclairs, qui permettent de revoir du monde, de se rappeler de bons souvenirs, de prendre des nouvelles du présent et de réaliser que l’amitié, parfois, passe au travers le temps et la distance.

lundi 5 mars 2007

Le fifi hook

Pour plusieurs grimpeurs, l’apprentissage de l’escalade se fait en côtoyant d’autres grimpeurs. On va bâtir notre « coffre d’outils » à partir des connaissances qu’ils nous transmettent. À chaque fois que l’on rencontre de nouveaux partenaires, on risque de tomber sur des grimpeurs qui n’utilisent pas nécessairement les mêmes techniques ou le même matériel. Notre bagage nous permettra d’évaluer si ce que l’on découvre doit ou non, être intégré à notre coffre d’outil.

Cet automne, pour la première fois, que j'ai vu quelque chose qui ressemblait à ça, c'était avec Fred: il traînait deux gros piton-crochet, pour l’escalade artificielle. Par contre, je ne l’ai jamais vu les utiliser. C’est en faisant la connaissance de Cindy que j’ai entendu le nom une première fois et vu quelqu’un en utiliser, en glace. Puis j’ai vu Ari et Luc en avoir un accroché à leur harnais. Pour quoi faire : se longer à ses piolets.

Je savais que certains se « vachait » sur leur piolet pour se reposer, souvent avec une dégaine. Mais les gens près de moi ne faisaient pas ça si bien que j’ai vu très peu souvent des gens utiliser cette technique. Cette première année, loin de Chicoutimi, m’aura fait constater que cette pratique est plus répandue que je ne le croyais.

Il y a deux semaines, je me suis procuré mon fifi hook. Pour ceux qui ne connaissent pas, un fifi hook, c’est ça :


Je ne l’ai pas acheté pour l’utiliser systématiquement…Ça fait un peu « macho », mais je considère que si on part dans une voie en lead, c’est qu’on pense être capable de la faire sans utiliser de béquilles : on pose nos vis en se tenant sur son piolet, et non pas en se longeant dessus! Et puis, je suis un peu réticente à me longer sur un piolet…D’un coup il lâche…et ce, malgré le fait que les miens sont parfois très difficiles à retirer de la glace.

Par contre, je trouvais ça utile pour se vacher sur ses vis plutôt que de se faire prendre à sec quand on est brûlé, question d’éviter l’effet poulie. Pis je me disais… « ben on sait jamais…C’est bien beau les paroles, mais bon, je pourrais ressentir un moment donné le besoin de me longer sur mes piolets.... » C’est que parfois, je suis un peu plus pissou dans la vraie vie que dans la réalité.

Cette fin de semaine, je me suis lancée dans une voie que je voulais être proche du grade 4. La-dessus, je ne me suis pas trompée. Au milieu du 2e grand ressaut, j’étais pompée. Mes deux piolets étaient plantés relativement solide dans une plaque de glace et de neige…et mes pieds…incertains. Devant la crainte de perdre pied, j’ai crocheté mon fifi hook dans un de mes piolets…Pas pour me vacher dessus…mais juste au cas. J’ai sorti une vis, je l’ai amorcée…j’ai changé mon pied gauche de place afin de trouver un meilleur support, de me rassurer sur la solidité de l’appui. Puis, lentement, j’ai posé la vis. De temps en temps, j’essayais de dépomper mon bras gauche, puis je recommençais, stressée, à enfoncer la vis. J’essayais de faire le plus vite possible et de ne pas décrocher, parce que sincèrement, je n’avais vraiment pas le goût de vérifier si mon piolet serait assez résistant pour retenir ma chute. En fait, je ne suis même pas certaine que la béquille mentale est jouée son rôle : j’avais aussi peur de chuter que si je n’en avais pas eu.

Finalement, j’ai réussi à mettre une vis et puis là, j’ai pris mon fifi hook, je l’ai clippé dans la vis et je me suis assis dans mon harnais! Là, j’avais confiance que ça allait tenir…après tout, quand on met une vis, c’est pour qu’à tienne! Après plusieurs minutes, j’ai repris ma route et j’ai sorti la voie. Restait plus qu’à attendre Dan. Il est arrivé épuisé…Last call! On remballe tout et on s’en va!

Nous avons quitté le Lac Sylvère tout les deux bien heureux…et avec raison. Dan avait débuté la journée en lead, lui qui préfère, comme moi, laisser le premier lead de la journée à un autre. Il a fait une belle ligne, parfois un brin exposée. Et moi, j’ai réussi mon lead mon premier grade 4 (35-40m) de l’année (si on oublie la petite longueur à PontRouge). De quoi clore une belle fin de semaine de grimpe.

Sur la photo : Dan en lead dans Estonie, Lac-Sylvère. En rouge, son tracé, et en orangé, le mien.


Nota : on a passé la journée de samedi à Julien Labedan. La cascade présente plusieurs intérêts, mais la glace était sèche et transformé par le soleil. On a fait une belle ligne de mixte, en moulinette, après que j’ai essayé de la leader, pour abandonner après quelques m. La glace était décollée, les placements de piolets incertains et quand la glace était épaisse, elle cassait en assiette...Pas le fun pantoute quand une galette accroche ton pied, qui tient sur une petite réglette de roche et le fait décrocher. Comme Dan dit : j’ai le tour pour abandonner à la bonne place. Effectivement, la ligne, sur glace mince, serpentait dans un couloir de roche encaissé. À son plus large, juste après le point où j’ai backé, elle faisait un peu plus d’un mètre de large…Mais à chaque coup de piolet, des galettes de glace partaient…ce qui fait qu’au moment où je suis passée (après Dan), je n’avais plus de glace pour les pieds et environ 30cm de large pour les piolets…On avait des photos de moi en lead…mais je les ai effacés par erreur ☹

vendredi 2 mars 2007

Voyage dans l’Ouest!

Le Québec regorge de magnifiques parois et la plupart des grimpeurs québécois auront besoin de toute leur vie pour les découvrir! Malgré tout, plusieurs rêvent des montagnes de l’Ouest…Yosemite, Squamish, Bugaboos Banff/lake louise ne sont que quelques noms qui font saliver les grimpeurs.

Il y a quelques mois, mon globe-trotter d’ami m’envoyait, ainsi qu’à certaines autres, une invitation pour aller grimper dans l’Ouest du début août à la mi-septembre. Comment dire non? Évidemment, dans mon cas, il y a un petit problème : je dois absolument terminer mon doctorat…et le plus tôt possible. Impossible de prendre des vacances avant… Ne reste qu’une chose à faire : me donner un bon coup de pied au cul pour finaliser le tout avant le mois d’août!

Hier soir, une première rencontre était à l’horaire, question de commencer la planification. Rendez-vous chez Marc pour une raclette…hummm! Fred et Yves sont venus nous reparler (ou parler…pour certains) de leur voyage dans les Bugaboos l’an dernier. D’ailleurs, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, je vous invite à aller visionner les magnifiques photos de leur périple (voir lien dans section : photo).

Marc, qui a beaucoup voyagé, leur pose maintes questions…Il sait ce qu’il veut savoir. La logistique et le Kain Hut l’intéressent particulièrement… lorsqu’on apprend à le connaître, on finit par découvrir qu’il n’est pas le genre à se passer de confort et à s’encombrer de tente et gamelles s’il peut s’en passer.

Les bugaboos seront donc parmi ses options, comme les Selkirks. J’apprends alors une bonne nouvelle : le volet « alpin » de son voyage se fera au début août! Wou ouh! Je viens de gagner 2 semaines au moins pour terminer ma thèse! Non pas que les Bugaboos ne m’intéressent pas, mais comme je ne peux me permettre 6 semaines de voyage, comme Marc, je me dois d’être sélective. Malgré la beauté des Bugaboos et les grandes classiques qu’on y retrouve, je préfère, pour un premier voyage dans l’Ouest, aller à Squamish.

En parler m’aura donné une belle motivation: ce n’est plus seulement une idée en l’air, c’est un projet en train de se concrétiser. Une motivation pour quoi? Redoubler d’ardeur pour terminer la rédaction de ma thèse…et pour me mettre à la roche le plus rapidement possible, question d’être en forme pour la fin août. Pour la première fois, en trois hivers, je ne vois pas venir la saison de roche avec déception (ok…elle est encore loin…mais certains parlent déjà des Gunks, de Red Rocks…). J’ai hâte de toucher la roche, parce que j’aurai une raison de m’améliorer…J’ai hâte d’avoir la certitude que je peux partir dans l’ouest avec, certainement, une belle petite gang!