Nous arrivons tôt, et pourtant, une cordée est déjà en place, malgré que l’on soit une journée de semaine. Mais on a tout de même sauvé les meubles. Peu de temps après nous se présentent deux autres cordées, pour cette même voie. Pour cette voie, Yves fera équipe avec Marc. Ils partiront les premiers. Fred et moi les suivront. Je me lance en tête dans la première longueur. Au début, tout va bien, mais bientôt la dalle se redresse et je suis, du coup, pas mal moins sûre de moi. Je ne me suis pas encore adaptée à la roche et j’ai l’impression que rien ne tiendra. Après avoir envisagé quelques options de ligne, je me rends à l’évidence que le mieux est de faire un relais intermédiaire. Fred fera le reste.
La deuxième longueur est une courte traverse en 5.6. Sa particularité : la longueur ne se protège pas! Je ne peux apercevoir le dessus de la vire où Yves traverse, mais à le voir aller, il semble y avoir de bons pieds. Je décide donc de refaire une tentative de lead. Après un long run out ;), j’atteins facilement le 2e relais.
Marc et Yves, au 2e relais

Nous y voilà enfin! Devant nous se dresse LE dièdre. Qu’il est beau! Marc a la chance d’être le premier à s’y lancer...après avoir fait quelques mètres, il se retourne vers nous et nous lance ce conseil : « et n’oubliez pas, un dièdre, c’est comme une dalle, mais en plus facile! » Compris Marc!

Yves dans la troisième longueur. Remarquez le dièdre qui s'étend toujours au loin...génial non?

Fred lead la 3e longueur pis finalement, j’attaque le dièdre. La ligne est belle et se fait bien. Si au moins j’avais confiance en mes pieds, ça serait encore plus facile...mais rien à faire. Marc a beau me dire que le granite est super adhérent, la roche polie par le passage des grimpeurs m’apparaît glissante. Fred m’offre le 4e pitch. Je décline cependant l’invitation : la dernière longueur s’est bien déroulée, mais en tête, c’est une autre histoire, et je préfère encore la sécurité et le confort du second. Bonne décision : le 4e pitch, bien qu’aussi beau que le troisième, est plus difficile...en fait, probablement plus soutenu. Je termine la longueur avec les bras commençant à pomper et les mollets qui chauffent.
Un regard à la 5e longueur me laisse croire qu’elle sera plus facile que les autres. Ce qui, selon le guide, est vrai...un 5.6. apparemment. Mais n’ayant pas pris le temps de lire le topo, je n’ai pu y lire le commentaire suivant : the angle in the corner kicks back, ce qui m’aurait peut-être envoyé comme signal de me tenir tranquille. Après deux pros, je me sens déjà inconfortable. Et je réalise que je devrai utiliser judicieusement mes cams : je n’ai qu’un rack simple. Quelques mètres plus loin, le fait de ne pas avoir des cams en double devient un stress de plus en plus difficile à gérer. La panique s’installe. Mais la possibilité de retraiter n’existe pas. J’essai de minimiser l’utilisation des petits cams alors quand j’en pose un, j’essai de voir s’il n’y a pas de coinceurs passifs qui feraient le travail. À un moment donné, les nerfs en boule, je finis par prendre mon tricam rose et je lui dis : là j’ai vraiment besoin de toi! Sauve moi! À moins de 15-20m du relais de départ, les nerfs finissent par flancher. Le nombre de coinceurs mécaniques est plus que faible et le relais n’est pas encore visible. En fait, il restait plus de la moitié de la longueur à faire. En pleurs, je continu cependant à avancer. Malgré tout, c’est encore la seule solution. Faire du surplace n’aiderait pas : je ne ferais qu’augmenter ma fatigue. Je commence à maudire Squamish et le trad, et je me dis qu’on ne m’y reprendrais plus : je retourne au sport et au bloc. Pis je prends la décision que dans d’aussi mauvaises conditions (comprendre avec un rack simple), je ne leaderai plus du voyage. Je fini par venir à bout de mes cams de petites dimensions. Devant moi, se dresse une dalle qui ne semble pas se protéger pendant un méchant bout. Il me faut donc protéger. Je finis par trouver un très mauvais endroit pour placer un coinceur. Le placement est mauvais. Mais je n’ai pas le choix...il n’y a rien d’autre. Après quelques mètres, le coinceur se défait de son placement et va rejoindre la protection précédente. Je suis maintenant dans un méchant run out...surtout que la dalle ne se protège toujours pas. Je dois donc atteindre le relais que je vois maintenant. Toujours en pleurs, je grimpe les derniers mètres. Je clip ma dégaine dans une plaquette et je tente de reprendre mon calme. Après 5 minutes, je finis par faire le relais pis assurer Fred.
Quand il arrive, il a presque tout le rack sur le dos...pas besoin de faire d’échange de matériel ;). Je ne fais que déplacer mon réverso sur mon harnais et le voilà qui file vers le sommet de la voie. Je rejoins bientôt tout le petit groupe...Encore trop sous le stress de mon lead, pour apprécier la voie que l’on vient de faire. Puis je regarde le paysage, la voie...Le calme finit par revenir en moi et me permet de voir les points positifs...Ouin, cette 5e longueur n’a pas été facile pour le moral...mais bon, malgré tout, je me suis rendue en haut. J’ai été suffisamment capable de contrôler mon stress pour réussir à grimper, placer les meilleures pro possibles et me rendre au relais. Bref, des longueurs comme ça, ça forge le caractère! Et, avec le recul, j’y trouve pas mal de positif...Et puis Dièdre? C’est une belle voie, une fichue belle voie que tous ceux qui passent par Squamish doivent aller faire!
Étions nous au bout de nos peines? Eh bien non! La descente, par la trail offre, ici et là, des difficultés que j’aurais fini par apprivoiser au fil de mes passages. Des passages délicats dans des petits gully ou « groove » comme certains disent. Et surtout un pierrier avec d’immenses blocs qui nous obligent à sauter de l’un à l’autre, se glisser sur les roches, ou carrément se jeter en bas...C’est là que tu regrettes de ne pas avoir amener ton crashpad
Marc, dans la première partie de la descente...il est possible de descendre par le space walk, une dalle peu inclinée et rejoindre le sentier plus bas (là où est Marc)...ou de garder la gauche...

Le sentier, dans sa partie centrale, nous fait passer au coeur de la forêt...C'est-ti pas beau ces gros arbres?
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